RETOUR DU FQD 2026 : Mes coups de coeur comme bénévole (et danseuse contemporaine)

RETOUR DU FQD 2026 : Mes coups de coeur comme bénévole (et danseuse contemporaine)

Écrit par Mattia Teresa Falvo

Avant que je reparte pour mes études en danse contemporaine à l’Institute of the Arts Barcelona, j’ai eu l’opportunité de participer au Festival Quartiers Danses (FQD) comme bénévole. Pour sa 24e édition, je me suis immergée dans plusieurs performances et événements qui ont célébré la danse et ont mis la scène montréalaise—et internationale— en vedette. Après cette expérience, j’ai compilé deux coups de cœur de mon temps comme bénévole et trois coups de cœur parmi les chorégraphies (sans ordre particulier).

MES COUPS DE CŒUR DE L’EXPÉRIENCE COMME BÉNÉVOLE

L’ATTENTION & L’ENGAGEMENT DU PUBLIC

Pendant que je comptais le nombre de spectateurs au Marché Atwater, je constatais aussi les attitudes et l’intérêt du public. Une madame, tout près de la scène, prenait des notes dans son journal durant le spectacle. Un monsieur m’a demandé le nom et le thème de chacune des pièces pour qu’il puisse trouver son interprétation en lien avec les inspirations originales des interprètes. Des gens du quartier, qui rencontraient la danse rarement dans leur vie quotidienne, offraient leur attention complète aux interprètes. Après le spectacle, mes collègues et moi avons discuté avec enthousiasme à propos de l’engagement authentique et profond de la part des spectateurs. Comme danseuse, je suis moins intéressée à connaître si le public a « compris » une performance; ce qui est le plus précieux est l’ouverture. Elle permet la possibilité de recevoir ce que l’art peut offrir, soit des sensations physiques, des émotions ou des souvenirs. Bref, j’étais émue par la curiosité et l’intérêt des spectateurs que j’ai rencontrés lors de mon bénévolat.

LA CÉRÉMONIE D’OUVERTURE

Je me retrouve dans une salle bouillante remplie d’artistes, d’organisateurs et de collègues qui anticipent tous l’ouverture du FQD. La soirée est en plus une célébration de la résilience de l’art et du directeur, Rafik Hubert Sabbagh, qui a fondé le festival avec sa passion pour l’accessibilité de la danse contemporaine à Montréal. M. Sabbagh ouvre la soirée de sa dernière année comme directeur avec un discours exprimant sa reconnaissance pour son équipe et les artistes. Ensuite, il se fait surprendre par les discours sincères et inattendus de ses collègues. Peu importe qui a pris la parole, que ce soit sa sœur, des danseurs de la scène comme Margie Gillis ou les organisateurs du festival, tous ont mis en évidence la résilience et la passion de M. Sabbagh. Ces deux valeurs ont toujours été au centre de sa vision. Son désir de partager la danse contemporaine en la rendant plus accessible a inspiré beaucoup d’habitants à s’intéresser aux arts. Le FQD a aussi permis à plusieurs danseurs émergents de trouver leur place dans la scène montréalaise. En bref, j’étais touchée par les discours, l’emphase sur l’accessibilité de la danse et l’impact du festival sur les gens et les artistes de nos communautés.

MES COUPS DE CŒUR CHORÉGRAPHIQUES

LYRE LIAR : POUR SA CRÉATIVITÉ

La structure originale, les références historiques et les propos scientifiques sont au cœur de la première nord-américaine de Lyre Liar à la Place-des-Arts. Liam Francis, chorégraphe et danseur anglais, utilise une approche interdisciplinaire pour mélanger la danse et la voix pour créer une histoire cohérente. Son questionnement sur l’authenticité du mimétisme et la reproduction de mouvement se présente tout au long de la pièce. Francis intègre sa propre danse, le solo de Gus Solomons Jr. de la compagnie Merce Cunningham (1970), ainsi que Faun de Sidi Larbi Cherkaoui (2009) dans la performance. L’emphase de ces pièces est mise sur les danseurs de ces solos, Dane Hurst (1970) et James O’Hara (2009), et sur le caractère essentiel du danseur dans le mouvement.

À mon avis, ce qui rend sa chorégraphie si unique sont les pauses spontanées de la danse. Soudainement, Francis met ses lunettes « intellectuelles » et discute directement avec le public. Il se questionne sur l’authenticité du mimétisme du son et du mouvement en utilisant l’oiseau-lyre comme exemple. Il nous présente des vidéos de l’oiseau comme si sa pièce dansante était devenue un TED Talk. À un moment, il incarne physiquement le maniérisme de la personnalité de Dan Hurst qui explique pourquoi Cunningham lui a attribué le solo de Gus Solomons Jr. À un autre instant, il demande même pour l’engagement du public de suivre ses mouvements de mains. Durant la performance de Francis, j’ai eu l’impression d’avoir vécu un voyage envoûtant, intellectuel et complètement captivant.

Lyre Liar - Liam Francis ©Melika Dez | FQD 2026

Lyre Liar – Liam Francis | FQD 2026 ©Melika Dez

VÂTCHIK DANSE : POUR SON COMMMENTAIRE SOCIAL

Environ 350 personnes sont passées au Marché Atwater pour observer trois pièces remarquables, notamment L’inconstance (2024) du duo iranien, Vâtchik Danse. Basée sur la réalité sociale actuelle en Iran, Nasim Lootij et Kiasa Nazeran prennent leur inspiration des émotions intenses et exagérées de l’expressionisme allemand. Lors du questionnement après leur performance, Lootij explique que ce mouvement artistique a évolué entre deux guerres en Allemagne et est devenu un outil d’expression pour les forts sentiments liés aux temps difficiles.

La paire d’interprètes commence la pièce avec une lenteur hypnotisante et une longue feuille de papier qui les sépare. Je me suis sentie complètement captivée par leurs mouvements calculés et graduels. Soudainement, des actions et des expressions intenses se développent à travers cette lenteur. Les expressions faciales déformées de Lootij et les applaudissements caricaturaux de Nazeran lorsqu’il s’allonge sur la scène créent des images vives. La performance, représentant les expériences vécues des interprètes, m’a touché énormément. Vâtchik Danse présente une expérience authentique qui souligne la réalité iranienne avec vigueur et évoque des émotions fortes qui restent avec le public après le dernier salut.

Vâtchik Danse - Nasim Lootij et Kiasa Nazeran ©Melika Dez

L’Inconsistance – Vâtchik Danse | FQD 2026 ©Melika Dez

MARGIE GILLIS : POUR LES ÉMOTIONS ÉVOQUÉES

Un silence inébranlable s’installe lorsque le projecteur allume la figure de Margie Gillis à la Place-des-Arts. J’ai été complètement émue lorsque j’ai vu Gillis danser pour la première fois dans la Littérature du corps en 2023. J’anticipais donc de revoir sa présence magnétique ainsi que ses cheveux longs et iconiques qui dansent à ses hanches. Cette soirée au FQD, Gillis débute sa nouvelle création As tenderness leaves the world caractérisée par une fluidité et une attention fondamentale aux détails. Elle commence à bouger graduellement et avec intention en restant éclairée sous le projecteur. Ses bras flottent, en produisant des mouvements circulaires, et elle donne l’illusion qu’elle se déplace en glissant sur la scène.

Ce qui est unique à Gillis est sa capacité de captiver l’attention d’un public même avec des petits mouvements modestes. Lors de sa nouvelle création, il y a quelques instants où Gillis reste presque immobile et je tenais mon souffle sans le réaliser. Des années de recherche et de passion se retrouvent dans chacun de ses mouvements. À la fin de sa performance, la lumière s’éteint graduellement pour que le public réussisse à capturer les dernières traces du contour de son visage. Immergée par la magie de sa nouvelle création, la danse de Gillis reste mémorable dans mon corps bien après qu’elle quitte la scène.

Margie Gillis - As tenderness leaves the world ©Melika Dez | FQD 2026

As tenderness leaves the world – Margie Gillis | FQD 2026 ©Melika Dez

Grâce à cette opportunité de bénévolat pour le FQD, je retourne à mon école de danse avec une énorme appréciation pour les Montréalais, les danseurs de la scène locale (et internationale) et cette ville qui ambitionne à pousser l’art à l’avant. L’expérience m’a permis de connecter avec la ville d’une nouvelle façon, en me laissant rencontrer la danse contemporaine dans les rues et les quartiers que je fréquentais régulièrement. Je rapporte une pièce précieuse de Montréal avec moi à mes cours à l’étranger et je souhaite continuer de démontrer la passion de ma ville natale dans mes propres performances.

BIOGRAPHIE

Mattia Teresa Falvo (she/her) est une danseuse contemporaine italo-montréalaise. Elle complète actuellement le baccalauréat en danse contemporaine à l’Institute of the Arts Barcelona en Espagne. Elle a aussi travaillé en étroite collaboration avec plusieurs artistes européens lors de l’intensive bluebox à Vienne comme Sofia Nappi, Alleyne Dance et Anton Lachky. De plus, elle a dirigé deux vidéos de danse, KEEP YOUR EYES PEELED (2025) et WHERE DO I PUT MY HEART? (2026). Mattia s’intéresse à la physicalité, les mouvements sensoriels et le travail au sol acrobatique.

Mattia Teresa Falvo

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